de l'Académie française
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26, RUE RACINE, 26
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1917
Il a été tiré, de cet ouvrage,
cent soixante-cinq exemplaires sur papier de Hollande,
numérotés de 1 à 165.
Et vingt-cinq exemplaires sur papier du Japon,
numérotés de 1 à 25.
Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction
réservés pour tous les pays.
Droits de traduction et de reproduction réservés
pour tous les pays.
Copyright 1917,
by Ernest Flammarion.
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Février 1917.
Dans ces dessins d'enfantine cosmographie qui, au temps des premiersPharaons, se faisaient à Memphis, le ciel était figuré par une voûtesphérique à laquelle des fils suspendaient les étoiles, et, sous lesdifférents pays de la terre, naïvement tracés en couleurs, une partieombrée en noir, qui descendait jusqu'au bas de la feuille de papyrus,s'appelait: base du monde. Au fond de leurs esprits dégagés plusfraîchement que les nôtres de la matière originelle, ne sedemandaient-ils pas déjà, ces hommes aux intuitions merveilleuses, ne sedemandaient-ils pas ce qu'il pouvait bien y avoir plus haut, plus haut,au-dessus de la voûte bleue où les étoiles s'accrochaient? L'infini,l'inconcevable infini dont nos âmes sont maintenant obsédées, est-cequ'ils commençaient d'en pressentir l'épouvante?
Et, pour eux, sur quelle autre chose, plus stable encore, cette base dumonde posait-elle? Est-ce qu'il leur venait à l'idée de se demander: Endessous, encore plus en dessous, que trouverait-on bien? Alors,toujours, toujours, des couches plus profondes, se soutenant les unesles autres? Et ainsi de suite indéfiniment? Ou bien, qui sait... duvide? Mais alors, comment ces bases tiendraient-elles, car le vide,c'est du néant où tout tombe?...
Hélas! oui, à présent, nous le savons, nous que la Connaissance adéséquilibrés, nous le savons, qu'en dessous c'est le vide, le videauquel il faut toujours logiquement et inexorablement aboutir, le videqui est souverain de tout, le vide où tout tombe et où vertigineusementnous tombons sans espoir d'arrêt. Et, à certaines heures, si l'on s'yappesantit, cela devient presque une angoisse de se dire que jamais,jamais, ni nous-mêmes, ni nos restes, ni notre finale poussière, nousne pourrons reposer en paix sur quelque chose de stable, parce que lastabilité n'existe nulle part et que nous sommes condamnés, après commependant la vie, à toujours rouler éperdument dans le vide où il faitnoir. S'accélère-t-elle, notre chute, comme c'est la loi pour toutes lesautres chutes appréciables à nos sens? Ou bien est-ce que, à travers lesespaces auxquels on tremble de penser, la folle vitesse de notre soleildemeure constante? Nous n'en savons rien, et n'en pourrons rien savoirjamais, puisqu'il n'existe et ne peut exister nulle part aucun point derepère qui ne soit en plein vertige de mouvement, puisque cette vitesse,qui déjà nous fait peur, nous ne pouvons l'évaluer que d'une façonrelative, par rapport à celle d'autres pauvres petites choses,—d'autressoleils,—qui tombent au