PAR
HENRI BOIS
PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE DE MONTAUBAN
PARIS
LIBRAIRIE FISCHBACHER
33, RUE DE SEINE, 99
1902
LE SENTIMENT RELIGIEUX[1]
[1] Discours prononcé à la séance de rentrée de laFaculté de Montauban,le 14 novembre 1901. — Certaines parties de ce discours ont dû être omisesou résumées à la lecture.
Monsieur le Doyen,
Messieurs les Professeurs,
Messieurs les Étudiants,
Messieurs,
On a toujours fait de la psychologie, quand ce ne seraitque de la façon dont M. Jourdain faisait de la prose…sans le savoir. Il n’en reste pas moins que la psychologien’est guère devenue une science véritable qu’au XIXe siècle,où on l’a vue, de métamorphose en métamorphose, etsous les noms divers de psychologie physiologique, psychologieexpérimentale, etc., réunir et analyser des volumesde documents, fixer ses méthodes propres, se donner deslaboratoires et des instruments de précision, fonder sesrevues bourrées de chiffres et de tracés graphiques, convoquerses congrès internationaux, et sinon résoudre, dumoins éclaircir un nombre toujours croissant de problèmes.
Ce n’est certes pas à dire que la science psychologiqueait atteint le but. Nombreuses y sont encore les discussionset profondes les divergences. Dans un tout récentouvrage[2], M. Rauh les rendait en quelque sorte tangiblesau regard par un ingénieux tableau, où il groupait et classifiaitles tendances diverses et parfois contradictoires despsychologues contemporains. Mais à travers les essaisvariés et en apparence irréductibles, une œuvre communese poursuit, qui a abouti sur quelques points, qui aboutiracertainement sur bien d’autres : ainsi va le progrès scientifique.
[2] De la méthode dans la Psychologie des sentiments, p. 109. Alcan,1899.
Il devait arriver — et cela était à souhaiter dans l’intérêtde la science comme dans celui de la piété — il devaitarriver, quoique l’événement ait tardé plus que de raison,que les méthodes psychologiques fussent appliquées auxétats d’âme religieux. En un sens, on a fait de la psychologiereligieuse, depuis qu’il y a des hommes religieux,c’est-à-dire depuis toujours. On en a toujours fait… quandce ne serait que sans le savoir. Mais autre chose est defaire de la psychologie religieuse sans le savoir, d’en faireen la confondant soit avec la prédication et la cure d’âmes,soit avec l’histoire, soit avec la dogmatique et la morale, — etautre chose de faire de la psychologie religieuse nonseulement en sachant qu’on en fait, mais en l’isolant, enl’étudiant directement pour elle-même, et en employantdans cette étude les méthodes, les procédés, les points devue, les résultats de la psychologie laïque contemporaine.
A ce point de vue, on peut bien dire que, de toutes lesétudes relatives à la religion, qui ont été successivemententreprises, la psychologie religieuse est la plus récente.
Par là même, elle est la moins avancée. La liste des travauximportants déjà publiés en ce domaine est relativementbrève. Quand nous aurons mentionné les publicationsde MM. Leuba