Il a été tiré de cet ouvrage
DIX-HUIT CENT CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN DU MARAIS
tous numérotés.
Nº 1789
PARIS
CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS
3, RUE AUBER, 3
1926
Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous les pays.
À la prière de mes amis, je me décide à donner une nouvelle édition dece roman, le premier que j'aie écrit, et qui date d'une douzained'années. Comme son cadet, SAINTE-MARIE-DES-FLEURS, qui fut, l'annéedernière, favorablement accueilli, je republie LE MÉDECIN DES DAMES DENÉANS sans y changer un mot ni une virgule. Ce n'est pas que je letrouve parfait tel qu'il est!... Ce livre n'est qu'un essai de jeunesse;en l'écrivant, j'espérais à peine pouvoir le publier. Mais on m'affirmeque, selon la règle générale, tous mes autres romans sont annoncés,sinon contenus, dans celui-ci: la remarque en pourra peut-être amuser aumoins les curieux.
R. B.
Mon cher ami, je vous dédie ce livre où, à défaut de qualités, jesouhaite que votre haut et pur jugement découvre mon désir de suivreici ces bons conteurs français pour qui nous mîmes tant de fois notreprédilection en commun. C'est d'eux que Taine a dit: «Ils effleurent leridicule; ils se moquent sans éclat... ils ont l'air de n'y pointtoucher, un mot glissé montre seul le sourire imperceptible. Cela n'arien de commun avec la franche satire qui est laide parce qu'elle estcruelle; au contraire, cela provoque la bonne humeur; on voit vite quele railleur n'est point méchant... tout son désir est d'entretenir enlui-même et en nous un pétillement d'idées agréables.»
Hélas! que je suis loin de maîtres si charmants! Je ne les rattraperaipoint! Mais je veux aller sur le beau chemin où ils passèrent; je veuxm'exposer au soleil qui leur dora l'humeur et le teint; je cueillerailes fleurs simples qui suffirent à donner à leur bonne grâce un parfumet à leurs alentours cette saveur et cet ornement par quoi sont flattés,à la fois, un sens délicat et le naturel appétit du plaisir; enfin, jeveux m'amuser librement des petits incidents invariables et mêmemédiocres qu'ils se gardèrent de dédaigner, sachant de longtemps querien de ce qui touche les hommes n'est jamais bien nouveau ni tout àfait fameux. Après cela, si, du haut de la côte, quelqu'un de ces aînésme voulait faire l'avantage d'un signe, tel que: «Viens çà, petit!»toute ma fatuité serait à l'aise...—Mais c'est une attitude qui n'estguère à la mode!—Mon ami, ne me dites pas cela, car mes goûts sont siordinaires que je serais désolé de n'être pas mis comme tout le monde.
Votre
RENÉ BOYLESVE.
L'abbé entra sans façon, avec son élève Septime, prendre des nouvellesde madame Durosay dont toute la ville s'inquiétait à cause de latroisième visite du grand médecin.
On appelle grand médecin, à Néans, quelque confrère imposant par satenue, son âge ou son long exercice dans une sous-préfecture, et ques'adjoint le docteur Grandier quand le cas est grave ou le maladerécalcitrant. Le grand médecin se paie fort cher et il inspire la foiqui sauve. Quelques personnes encore le font venir pour un oui ou pourun non, mais c'est par manière de faire largement les choses en face dela ville, ou de piquer M. Grandier dont les façons ne siéent pas à toutle monde.
Ces messieurs étaient déjà couverts et causaient ventre à ventre d